Chacun son Paradis

Prague4

J’aurais pu commencer par Rilke ou par Hesse, mais ce sera pour une prochaine fois. Je souhaite ici présenter le livre d’un amoureux de la République Tchèque… Un pays qui me tient à coeur, si ce n’est plus, et de Rilke à Nezval en passant par Breton, les lettres sont un univers riche en synchronicités… Difficile parfois de savoir partager ses lignes, ne serait-ce que de les évoquer… Mais n’hésitons pas, prenons des chemins de traverse, des avenues, construisons de nouveaux ponts… C’est un peu ce qu’exprime le texte que j’ai recopié ci-dessous… Cette nécessité de s’imprégner des fils tissant les fresques de nos vies. Par ailleurs, ce livre évoque David Cerny, Egon Bondy, Jan Saudek, mais encore la spiritualité dans un des pays les plus athées d’Europe (l’auteur est quand à lui Polonais),l’humour tchèque, l’esprit de pohoda (que l’on pourrait traduire par paix, bien-être, utilisé très fréquemment par les tchèques)… Un livre que je recommande…

9782330005771

Chacun son Paradis, Mariusz Szczygiel (traduit en français en 2012)

L’indulgence

Je voulais poser une question à l’écrivain Pavel Kohout.

Avec son roman ‘L’exécutrice’ – dont l’action se déroule dans une école de bourreaux, où les étudiants apprennent de nouvelles façons de torturer inédite – Kohout avait tellement agacé le pouvoir que celui-ci lui a d’abord accordé (en 1979) l’autorisation de partir à Vienne pour un voyage professionnel, puis ne l’a plus laissé rentrer au paradis socialiste. Peu après, il a été déchu de la nationalité tchécoslovaque.

Pavel Kohout affiche aujourd’hui une singulière opinion:

« Le capitalisme commet encore les mêmes erreurs. Il est si égoïste et cruel dans son fonctionnement qu’il produit des communistes et des socialistes, courant ainsi à sa propre perte. »

Actuellement, l’écrivain partage sa vie entre l’Autriche et la République Tchèque, aussi lorsque j’ai eu la chance de le trouver à Prague (le 17 août 2005), je lui ai dit au téléphone que je voulais lui poser une seule question. Il m’a proposé un rendez-vous au café de la galerie Manes qui surgit de la Vltava juste en face des fenêtres de sa maison. Pavel Kohout a exactement le même âge que ce bâtiment, construit sur la rivière à la fin des années 1920 pour accueillir le Cercle des artistes de gauche. Face aux silhouettes élancées de vieux immeubles style Renaissance et gothique flamboyant du quai Masaryk, il a tout d’une provocation. Pas très haut, simple, fonctionnel et dépourvu d’ornements, il devait permettre aux artistes de prouver que le monde à venir pouvait être simple et amical, à la portée d’un passant.

« Une seule question va très bien avec une seul eau minérale, a déclaré Pavel Kohout lorsque nous avons pris place à une table. Quelle est donc cette question?

– Comment l’indulgence est-elle née en vous?

– Vous pensez à quoi?

– Il est de notoriété publique que dans les archives déclassées de la Sécurité, vous avez trouvé les noms de deux cent soixante-trois personnes, y compris certains de vos amis, qui vous ont régulièrement dénoncé. Avec votre femme, vous avez pourtant décidé de ne pas rendre publics ces noms et de ne prendre d’aucune façon votre revanche sur ces personnes. D’où vous vient cette indulgence?

– C’est parce que je suis écrivain, répond Pavel Kohout sans la moindre hésitation.

– Quel rapport?

– Un écrivain ne doit pas seulement voir l’acte commis par l’homme sur lequel il écrit. Il doit aussi considérer la vie de cet homme, vingt ans plus tôt et vingt ans plus tard. Il doit connaître ses arrière-grands-parents, ses grands-parents, ses parents, ses enfants, ses petits-enfants et ses arrière-petits-enfants. Il doit avoir une vision de cet homme avant sa naissance et après sa mort. Et c’est alors seulement qu’il comprend tout. »

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