Ishmael/L’Economie du Bien et du Mal

Ishmael

 » PROFESSEUR cherche élève souhaitant vraiment sauver le monde — Répondre personnellement. » 

Voici comment débute l’aventure pour le narrateur. C’est en répondant à cette annonce, qu’il fera la rencontre d’un gorille télépathe, Ishmael. Présenté comme ça, on pourrait se méprendre sur la nature du livre et les richesses qu’il développe. Ce sage gorille va en effet partager son savoir sur ce qu’il connaît le mieux, à savoir la captivité… Il vise en cela à partager sa perception du monde aux humains captifs de leur mode de pensée.

Ishmael est un roman exceptionnel dans la mesure où il parvient à présenter d’une manière claire et souvent amusante les enjeux essentiels de notre espèce en ce début de XXIème siècle (ou fin du XXème, lorsqu’il a été écrit!). L’histoire nous promène le long de l’odyssée de l’espèce humaine, à travers ses mythes et ses croyances, les histoires que l’on se raconte en tant qu’espèce depuis les peuples de chasseurs cueilleurs aux sédentaires  techniciens que nous sommes…  Il pose ainsi la question de la chute à travers la métaphore réussie d’un homme qui essaierait de voler avec des ailes en papier (ou en plumes, je ne sais plus…). Il se lance de la coline et est alors convaincu qu’il vole… le sol se rapproche, mais ça va s’arranger, ça vole jusqu’ici, il est toujours temps de se redresser… En lisant ces pages, je n’ai pu m’empêcher de penser au film La Haine, « ce qui compte c’est pas la chute, c’est l’atterrissage… »

 A l’heure ou des langues et des cultures disparaissent presque chaque jour, ces questionnements sont plus que nécessaires… et faire face aux enjeux actuels, à la potentielle auto-destruction de l’espèce humaine peut parfois susciter un sentiment d’impuissance et de résignation. Là encore, le mérite d’Ishmael est de savoir étudier les sources de notre évolution et par ce biais de présenter les choses de manière dynamique, évolutive, l’histoire de la vie est une histoire de mouvement… Du coup, on est loin d’un discours culpabilisant ou d’une rengaine de prophète de malheur annonçant la fin du monde à tort et à travers… On est plutôt dans le cadre d’une analyse créative qui aide à mettre les choses en perspective… Nous appartenons au monde plus que le monde nous appartient…

Pour l’anecdote, j’ai prêté récemment ce livre à un ami… Il a beaucoup aimé et cela lui a fait pensé à l’ouvrage de Tomas Sedlacek, « L’économieEconomy of Good and Evil du bien et du mal« , préfacé par Vaclav Havel… (Je me rends compte qu’en français, ça sonne un peu comme « faisons l’économie du bien et du mal »… allons vois au-delà:) )Cet ouvrage remarquable nous interroge également sur les histoires qui nous occupent et conditionnent la trajectoire de notre espèce… Selon les mots de l’auteur, il s’agit d’ « étudier la pensée éconmique dans les mythes anciens, de même que les mythes dans l’économie contemporaine »… L’ouvrage s’étend ainsi de l’Epopée de Gilgamesh à l’époque contemporaine en abordant la Torah, le Nouveau Testament, Descartes ou Adam Smith sur le même plan, afin de décrypter les mythese sous-jacents à nos modes de pensée… Il s’agit également d’une lecture très stimulante, lecture qui crée de nouveaux liens entre les savoirs, ce type de liens avec lesquels on tisse notre chemin, notre élévation… L’auteur a le mérite de développer une éthique sur des bases analytiques solides, sans pour autant se priver de son intuition. Nul doute que cet ouvrage ne plaira pas forcément à un lecteur français tellement cartésien qu’il en oublie que le rationalisme est une croyance, une histoire comme une autre… mais bon, c’est un autre débat… Tout comme Daniel Quinn, Tomas Sedlacek nous questionne sur notre liberté à la fois spirituelle, humaine, et matérielle… à la fois individuellement et collectivement… Nous ne sommes ni des robots, ni des machines, mais des êtres à la fois miraculeux et limités… intégrés à la trame de la Vie en notre parfaite imperfection…

Ishmael, Daniel Quinn, 1992 – disponible gratuitement dans son intégralité là: http://frishmael.wordpress.com/

L’économie du bien et du mal, Tomas Sedlacek, 2013

« L’HOMME UNE FOIS DISPARU,

Y AURA-T-IL UN ESPOIR

POUR LE GORILLE? »

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