Merci les Anciens!

Quelques précisions : Désolé pour la syntaxe étrange, ainsi que l’articulation pas toujours très limpide. Il va de soi (mais on sait jamais), que cet exercice présente de nombreuses limites : les phrases sont sorties de leur contexte, leur sens plus ou moins fortement  travesti, de même parfois  que la pensée de leurs auteurs. Mais ce n’est pas un relevé de citations, c’est seulement des éléments retenus de diverses lectures et ce que j’avais envie d’en partager au moment où j’écris ces lignes. Sans doute comprenez-vous différemment de moi ces auteurs (je vous le souhaite !), mais qui peut savoir ce qu’aurait donné une discussion entre Friedrich Nietzsche et Jack Kerouac ; entre Charles Baudelaire et Simone Weil ?!… Sûrement pas moi…

« On commande à celui qui ne peut pas obéir à lui-même. » De même que de nombreuses réflexions sur l’être humain, les réflexions issues des Lumières ont favorisé l’essor de graines porteuses de germes d’affranchissement : « Les Lumières, c’est la sortie de l’Homme hors de l’état de tutelle, dont il est lui-même responsable. » Cet affranchissement implique un certain travail critique : « Le travail critique (…) nécessite, je pense, toujours le travail sur nos limites, c’est-à-dire un labeur patient qui donne forme à l’impatience de la liberté. » « Dans l’ordre du temps, toute modification du nécessaire entraîne une mutation de la liberté. » C’est une quête permanente dans notre labyrinthe intérieur.

Mais au juste, « Qu’est-ce que le cerveau humain, sinon un palimpseste immense et naturel. (…). Des couches innombrables d’idées, d’images, de sentiments sont tombés successivement sur votre cerveau, aussi doucement que la lumière. Il a semblé que chacune ensevelissait la précédente. Mais aucune en réalité. » Chaque nouvelle couche implique la précédente, à la manière d’un serpent : « Le serpent qui ne peut pas muer périt. De même les esprits qu’on empêche de changer d’opinions : ils cessent d’être esprits. » « « Ah la bêtise ! Il y a tant d’espèces différentes de bêtise ! Et l’intelligence n’en est pas la meilleure… » », et que dire du « … petit boutiquier, qui était sans doute un de ces raisonneurs si communs, incapables de s’élever à la logique de l’absurde. » « Ils éprouvaient ainsi la souffrance de tous les prisonniers et de tous les exilés, qui est de vivre avec une mémoire qui ne sert à rien. » De vivre en « esclaves tourmentés des trois M : le moment, les manières de penser et les modes. » et « Rien ne vous rend plus enragé que le sentiment d’impuissance face à un adversaire insaisissable, à un obstacle dû aux hommes, mais pas à un en particulier qu’on pourrait saisir à la gorge. »

L’exemple du petit boutiquier n’implique aucune prétention, aucune croyance dans une quelconque élite intellectuelle, « Nous en sommes bien plutôt parvenus au point où le simple homme de la rue, que nous rencontrons chaque jour et en tout lieu, a mieux pénétré la situation que tous les gouvernants et les théoriciens. (…) L’individu dispose encore d’organes où vît plus de sagesse que dans la totalité de l’organisation. » Le problème est sans doute que « La richesse de l’homme est bien supérieure à ce qu’il en soupçonne. » Sans cesse à chercher des réponses, alors qu’ « Elles vous laisseront peut-être souvent les mains vides, car, au fond, et précisément pour l’essentiel, nous sommes indiciblement seuls. » En effet, « L’intelligence est vaincue dès que l’expression des pensées est précédée, explicitement ou implicitement, du petit mot « nous ». » Pourtant, « Lorsque nous sommes seuls et silencieux, nous craignons que l’on ne nous souffle quelque chose à l’oreille, aussi haïssons-nous le silence et nous étourdissons-nous dans la vie de la société. (…) nous le comprenons de temps à autre et nous nous étonnons beaucoup de tout ce vertige d’angoisse et de précipitation et tout ce qu’il y a de rêve dans notre vie, qui semble redouter le réveil, (…) »

« Si notre regard portait au-delà des limites de la connaissance, et même plus loin que le halo de nos pressentiments, peut-être recueillerions-nous avec plus de confiance nos tristesses que nos joies. » Mais l’homme rationnel calcule et mesure, ainsi « Peut-être me direz-vous : « Es-tu sûr que cette légende soit la vraie ? » Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis. », « à entrevoir de quelle étoffe mystérieusement délicate et malléable notre âme est constituée, puisqu’un seul évènement suffit pour l’agrandir à l’infini et lui faire englober dans son espace minuscule un univers entier. » Chacun appartient à plusieurs mondes à la fois, dispose d’une perception et d’une temporalité propres. « Le temps est scène, mais dans les coulisses, nous nous changeons en nous-même. » « Nous sommes d’ailleurs plus profondément enfoncés entre nos limites temporelles qu’entre les frontières spatiales, bien que leurs contraintes frappent moins la vue. » « Le temps n’a aucune « réalité ». Lorsqu’il vous paraît long, il est long, et lorsqu’il vous paraît court, il est court, mais de quelle longueur ou de quelle brièveté, c’est ce que personne ne sait. » « l’horloge est une « machine à faire du temps ». », capable de fonctionner « « à vide », sans lien avec l’existence humaine. » Il n’y a pas de mode d’emploi, « Tu briseras toi-même le sablier de ton temps. »

« Le mouvement appâte les regards : aussi la plupart des passagers ignorent-ils qu’ils sont en même temps les hôtes d’un royaume tout différent, où règne une paix parfaite. Le second de ces royaumes est aussi supérieur à l’autre que s’il l’avait contenu comme un jouet, comme l’une de ses manifestations dont le nombre est illimité. Ce second royaume est le havre, la terre natale, la paix et la sécurité, que chacun porte en son cœur. » De ce point de vue,  « (…) il y a une grande ressemblance entre ce que l’on appelle le camé et ce qu’on appelle l’artiste, tous les deux aiment à être seuls et à se tenir confortables, pourvu qu’ils aient ce qu’ils veulent. Ils ne courent pas dans tous les sens  pour trouver des choses à faire parce qu’ils ont tout en eux-mêmes. »

Bien souvent, « Nous aimons la vie, parce que nous sommes habitués à l’amour. Il y a toujours un peu de folie dans l’amour. Mais il y a toujours un peu de raison dans la folie. » « L’Homme, dans l’état actuel de la société, me paraît plus corrompu par sa raison que par ses passions. » « La peur de l’inexplicable n’a pas seulement appauvri l’existence de l’individu, mais encore les rapports d’Homme à Homme, elle les a soustraits au fleuve des possibilités infinies, pour les abriter en quelque lieu sûr de la rive. » « Seuls les galériens se connaissent, quant à nous, nous nous méconnaissons poliment pour qu’en retour on vous méconnaisse. » Quel dommage, pourtant ces « Cent millions de gens qui n’ont pas besoin de se connaître amènent si pareillement l’éducation, le métier et la vieillesse, que ce cours de vie doit être plusieurs fois moins long que ce qu’une statistique folle trouve pour les peuples du continent. »

Ce n’est certes pas une question de longueur, ni de vieillesse, d’ailleurs « Nous ne sommes pas contres les vieux, mais contre ce qui les fait vieillir. » Perdre son aspiration à la liberté et méconnaître les rêves, la folie et les poètes : pourquoi les poètes ? Parce qu’« Un poète, en définitive, ça grogne, et voilà qui dérange les « bonnes âmes ». Dans les grognements des poètes, comme dans ceux des chiens, il passe de cette innocence qui remet en question notre condition d’Homme. » Alors voici, pour conclure, un dernier grognement poétique, en hommage à la liberté : « Il est l’heure de s’enivrer ! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »

 

Marko (2006)

 

Le texte ci-dessus est initialement paru dans le journal étudiant Le Caribou Libéré en 2006. Il s’agit d’un texte construit à base de citations piochées ici et là au cours de mes lectures… Je prends toujours des notes lorsque je lis, ne serait-ce que pour m’offrir une relecture condensée d’un livre une fois celui-ci fini et d’en digérer ce qui m’a le plus parlé…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s