Edgar Morin – La Complexité Humaine

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« La vie n’est supportable que si l’on y introduit non pas de l’utopie mais de la poésie, c’est-à-dire de l’intensité, de la fête, de la joie, de la communion, du bonheur et de l’amour.« 

L’oeuvre d’Edgar Morin est considérable tant par la profondeur de sa réflexion, par son actualité inactuelle, que par la variété des thèmes abordés. La complexité humaine est une anthologie de textes, extraits de ses principaux ouvrages et articles, sélectionnés par l’auteur. Il s’agit donc d’un moyen excellent de survoler son oeuvre et de s’en imprégner, voire de prendre le goût d’approfondir certains aspects de sa réflexion. Les extraits ci-dessous, bien que nombreux, sont très insuffisants pour pénétrer la pensée complexe d’Edgar Morin… Dans un sens, il s’agit surtout de ce que j’en ai lu et retenu à travers ma propre subjectivité, et certains choix mis à la suite sont même susceptibles de trahir la subjectivité de l’auteur… mais il en est ainsi de chaque échange, de chaque expression… On tend parfois à se trahir soi-même… Il ne nous reste que des tentatives pour explorer et contempler les profondeurs, et d’ainsi remonter quelques joyaux que l’on tente de partager… ou du moins peut-on essayer d’en faire briller l’éclat pour donner à d’autres l’envie de plonger vers les cîmes et de s’élever dans les abysses de nos consciences…

  • « Quiconque écrit se croit soleil. »
  • « Mais, si la prévision fait apparaître le pire, l’espoir, lui, va dans le sens de l’improbable et de l’inconçu. La création, avant, est toujours invisible, et il faut parier en cet invisible. »
  • « Homo ne cherche pas seulement à consommer pour vivre. Il tend aussi à se consumer dans le vivre, et c’est parce qu’il est hyper-vivant qu’homo-sapiens est en même temps homo-demens. »
  • « Ainsi, s’il n’y a pas une finalité de la vie, il y a un complexe de finalités dans le simple terme vivre. (…) la finalité de la vie est immanente à elle-même, sans pouvoir se définir hors de la sphère de la vie. Elle signifie que vouloir-vivre et devoir-vivre comportent une finalité formidable, têtue, frénétique, mais sans fondement rationalisable ; elle signifie en même temps que la finalité est insuffisante pour définir la vie. (…) Accepter que la vie ne soit pas justifiée, c’est accepter vraiment la vie. »
  • « Alors, ce ne sont pas des formules mathématiques qui nous diront ce qu’est une vie humaine, ce ne sont pas des habitus sociologiques qui l’enfermeront dans leur déterminisme… Jusqu’à présent, c’est le roman qui, mieux que toute sociologie, nous montre ce mixte d’ordre et de désordre, de chance et de malchance, d’évènements et de non-évènements, d’accidents et d’inéluctable qui tisse nos vies. »
  • « (…) la distinction entre les apparences (superficielles ou trompeuses) et la ‘vraie’ nature du moi, traduit, en la camouflant, la dualité entre une personnalité nucléaire et une personnalité périphérique. »
  • « S’il est vrai que ‘personne ne me cache à moi-même sinon moi-même’, il en ressort que le pire ennemi de notre connaissance est en nous-mêmes. »
  • « En effet les universaux cérébro/spirituels de la connaissance ne peuvent se manifester que dans et par des conditions socio-culturelles singulières et particulières ; plus encore, la connaissance humaine n’a jamais relevé du seul cerveau ; l’esprit se forme et émerge cérébro-culturellement, dans et par le langage qui est nécessairement social et, via l’esprit (apprentissage, éducation), la culture d’une société s’imprime littéralement dans le cerveau, c’est-à-dire y inscrit ses routes, chemins, carrefours. (…) la culture fait partie du cerveau aussi bien que le cerveau fait partie de la culture.»
  • « Les progrès de la connaissance accroissent le paradoxe de la séparation/communication et de la fermeture/ouverture : plus l’organisation cognitive devient originale, singulière, individuelle, fermée sur elle-même, séparée du monde, plus elle est apte à devenir objective, collective, universelle, ouverte et communiquant avec ce monde. Corrélativement, plus l’homme a accentué sa différence et sa marginalité par rapport à la nature, plus il a accru ses possibilités de connaissance sur la nature. Plus il s’est constitué un univers autonome, singulier, nouveau (culturel, noologique, technique), plus il s’est montré capable de découvrir le cosmos… Effectivement, l’appareil cognitif s’est évolutivement construit, organisé, développé en se séparant, et en s’isolant de l’environnement, mais pour mieux l’appréhender et le traduire en connaissances. »
  • « Si un individu réalise ou subit un changement dans les prémisses profondément enfouies dans son esprit, il s’apercevra que les résultats de ce changement se ramifieront dans l’ensemble de son univers. » (G.Bateson)
  • « Nous pouvons percevoir que toute positivité nouvelle qui s’établit dans le monde déclenche une nouvelle négativité, que tout plein provoque un creux, que toute satiété appelle une angoisse, que la marche de l’homme s’accomplit dans la dialectique de la satisfaction et de l’insatisfaction, que les progrès déplacent la finitude de l’être humain sans la réduire. »
  • « La culture de masse réponde essentiellement à cet ‘hyper-individualisme’ privé. Mieux : elle contribue à affaiblir tous les corps intermédiaires – de la famille à la classe sociale – pour constituer un agglomérat d’individus – la masse -, aux pieds de la Super-Machine sociale. »
  • « Or cette rationalité était tellement close et rétrécie qu’elle expulsait hors d’elle-même tout ce qu’elle ne pouvait pas intégrer et qui devenait l’irrationnel, à commencer par la complexité e l’être vivant. »
  • « (…) l’homme n’est pas une invention arbitraire démasquée par le structuralisme, mais un produit singulier de l’évolution biologique qui s’autoproduit dans sa propre histoire ; la nature n’est pas une image de poète, c’est la réalité écologique même, c’est celle de notre planète Terre. Nous devons aujourd’hui re-associer, re-allier l’homme, la vie, la nature dans l’idée de Terre-patrie. »
  • « L’intelligence a toujours pour mission de situer le cas singulier dans le contexte et dans la situation globale. »
  • « La nécessité de relationner, relativiser et historiciser la connaissance n’apporte pas seulement contraintes et limitations, elle impose aussi des exigences cognitives fécondes. »
  • « Nous avons besoin d’un principe de connaissance qui non seulement respecte, mais révèle le mystère des choses. »
  • « (…) se croire possesseur ou possédé par le Vrai c’est déjà s’intoxiquer, c’est se masquer à soi-même ses défaillances et ses carences. (…) la seule connaissance qui vaille est celle qui se nourrit d’incertitude et que la seule pensée qui vive est celle qui se maintient à la température de sa propre destruction. »
  • « La raison ouverte ne fait pas que combattre l’irrationnel, elle dialogue avec lui et reconnaît l’irrationalisable. La raison ouverte reconnaît l’a-rationnel (…), c’est-à-dire ce qui n’est ni rationnel ni irrationnel, comme l’être et l’existence, qui, sans raison d’être, sont. La raison ouverte reconnaît le sur-rationnel et essaie de le concevoir. »
  • « La Genèse n’a pas cessé. (…) Nous sommes toujours dans un Univers qui se désintègre et s’organise du même mouvement. Nous sommes toujours dans le commencement d’un Univers qui meurt depuis sa naissance. »
  • « Les deux chaos, présents, l’un en tout atome, l’autre au cœur de tout soleil, sont d’une certaine façon présents en tout être physique ; la texture de notre petit monde terrestre, biologique et humain, n’est pas dans un isoloir ; elle est faite d’atomes, née dans notre soleil, nourrie de son rayonnement. »
  • « L’ordre qui se déchire et se transforme, l’omniprésence du désordre, le surgissement de l’organisation suscitent des exigences fondamentales : toute théorie désormais doit porter la marque du désordre et de la désintégration, toute théorie doit relativiser le désordre, toute théorie doit nucléer le concept d’organisation. »
  • « La liberté est une émergence : elle émerge dans des conditions intérieures et extérieures données. »
  • « Le développement de la lutte contre le subjectivisme exige la reconnaissance du sujet et l’intégration critique de la subjectivité dans la recherche de l’objectivité. »
  • « Le cerveau a pour propriétaire le moi plutôt que l’inverse. » K. Popper
  • « C’est toujours quand on prétend parler au nom de l’universel que l’on affirme le plus fortement sa subjectivité bornée. »
  • « Etre sujet, cela veut dire se savoir égocentrique, ethnocentrique, capable de voir ses jugements déviés ou perturbés par sa propre affectivité, ses propres craintes ou ses propres désirs. »
  • « La sincérité n’est pas une pure flamme qui jaillit de l’esprit ; la volonté d’être sincère sur soi, se perd toujours dans les labyrinthes et doubles fonds intérieurs. La volonté délibérée d’être sincère ne s’affirme que dans certaines conditions particulières et instables d’orgueil et de masochisme ; si elle peut s’élever au-dessus de l’étrange complexe qui la fait naître, elle ne peut être pure qu’en un moment particulier de combustion entre les gaz qui la nourrissent et la fumée qui s’en dégage… »
  • « L’occultation de notre subjectivité est le comble de la subjectivité. Inversement la recherche de l’objectivité comporte, non l’annulation, mais le plein emploi de la subjectivité. »
  • « Seul un sujet conscient d’être sujet peut lutter contre sa subjectivité. »
  • « Méfions-nous de nos yeux, bien que ce soient à eux seuls que nous pouvons faire confiance. »
  • « Les faits parlent d’eux-mêmes que si on leur permet de parler. »
  • « Toute théorie dépende d’une observation, mais tout observation dépende d’une théorie. »
  • « Il faut nous méfier de notre confiance, mais aussi nous méfier de notre méfiance. »
  • « La désillusion non critique à l’égard d’elle-même conduit à une illusion nouvelle : l’illusion de la désillusion. »
  • « Malheureusement, la vision mutilante et unidimensionnelle, dans les phénomènes humains, se paie cruellement : la mutilation tranche dans les chairs, verse le sang, répand la souffrance. L’incapacité de concevoir la complexité de la réalité anthropo-sociale, dans sa micro-dimension (celle d’un être individuel) comme dans sa macro-dimension (l’ensemble planétaire de l’humanité) ont conduit à d’infinies tragédies et nous conduisent à la tragédie suprême. »
  • « (…) il est impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que connaître le tout sans connaître particulièrement les parties. » Pascal
  • « Le regard écologique consiste à percevoir tout phénomène autonome (auto-organisateur, auto-producteur, auto-déterminé, etc…) dans sa relation avec son environnement. »
  • « Or, les relations fondamentales d’exclusion et/ou d’association entre concepts primaires, c’est-à-dire les alternatives et associations préliminaires constituent précisément les paradigmes qui contrôlent et orientent tout savoir, toute pensée, et par là toute action. »
  • « La complexité, dans ce sens, exhume et réanime les questions innocentes que nous avons été dressés à oublier et mépriser. C’est-à-dire qu’il y a plus d’affinités entre la complexité et l’innocence qu’entre l’innocence et la simplification. »
  • « Ce qui permet notre connaissance limite notre connaissance et ce qui limite notre connaissance permet notre connaissance. »
  • « Mais nous ne devons croire désormais qu’en des croyances comportant le doute dans leur principe même. »
  • « Enfin, nous pouvons concevoir que les droits de l’homme relèvent, non pas de l’idéalisme ou du mythe, mais des exigences de complexité propre à la société ouverte. »
  • « Ainsi, l’amour est à la fois moyen (de lutte contre la dispersion, l’union), et fin (puisqu’il en est l’accomplissement le plus riche) de l’hypercomplexité. C’est l’émergence, le besoin, la nécessité interne de l’hypercomplexité. (…) l’amour est la véritable religion – au sens originel du terme : ce qui relie – de l’hypercomplexité : il relie les individualités égocentriques dans leurs caractères les plus intimement et intensément subjectifs. En même temps, cette idée ‘religieuse’ et apparemment irrationnelle est la rationalité de l’hypercomplexité : elle ce qui, au sein même du processus de désintégration et de désunion, réintègre et réunit. »
  • « L’idée de salut nous perdrait. Il nous faut donc la perdre pour nous sauver… Il nous faut donc enseigner la mauvaise nouvelle : il n’y a pas de salut en ce monde. »

 

 

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2 réflexions sur “Edgar Morin – La Complexité Humaine

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